Le Haut Potentiel Intellectuel : 

une réalité neuro-physiologique

Que savons-nous du cerveau HPI ? Si la littérature grand public abonde sur le versant psychologique du haut potentiel intellectuel (HPI), il est facile de se perdre dans les biais des cliniciens et les discours pseudo-scientifiques flatteurs.  Et pour cause, la façon dont s'exprime le HPI dépend essentiellement de l'histoire de vie des personnes concernées, de l’environnement dans lequel elles évoluent et de leur personnalité propre.

Les recherches scientifiques sur la douance confirment toutefois une réalité désormais indéniable : le haut potentiel intellectuel se traduit par une anatomie & un fonctionnement particuliers au niveau cérébral. Ceci permet de comprendre l’efficience rare du cerveau du HPI dans certains domaines caractéristiques.

L’étude du cerveau permet de mieux comprendre nos fonctionnements cognitifs. Commençons donc par un peu de neuro-biologie.

Anatomie du cerveau HPI

L’élément de base du système nerveux, ce sont les neurones. Ils sont constitués d’un corps cellulaire et d’un prolongement, l’axone.

Les neurones répondent aux stimulations reçues par un organe sensoriel (vue, odorat, ouïe) ou un autre neurone. Ils convertissent ces stimulations en information électrique : l’influx nerveux. Celui-ci se propage alors le long de l’axone. L’information est transmise au neurone suivant de manière biochimique au niveau de la synapse par les neurotransmetteurs. - Cellule nerveuse © Psychomedia

Les corps cellulaires des neurones constituent la substance (ou matière) grise. On la trouve principalement sur la partie extérieure des hémisphères cérébraux du cortex mais aussi plus profondément dans les noyaux du cerveau limbique et dans le tronc cérébral.

Les axones des neurones constituent la substance blanche. Cette substance doit son aspect à la gaine de myéline qui enrobe les axones & assure la conductivité et l’isolation électrique au niveau du système nerveux. Sa présence permet d’accélérer la vitesse de propagation de l’influx nerveux et donc la transmission de la communication entre les cellules nerveuses.

Dans le cerveau des personnes à Haut Potentiel Intellectuel

Différentes études réalisées à l’IRM montrent une architecture cérébrale spécifique chez le HPI.

  • Au niveau de la matière grise : une densité de neurones plus importante en particulier au niveau des lobes frontaux et pariétaux (Orzhzkhovskaia, 1996)

Ces zones sont responsables des fonctions exécutives (raisonnement, contrôle cognitif, choix de comportement, flexibilité), de la mémoire de travail (mémoire immédiate et manipulation mentale des informations) et de l’attention (capacité de focus et sélection de l’information)

  • Au niveau de la matière blanche : des axones plus larges, avec plus de connexions et des gaines de myéline plus épaisses dans les zones frontales (Geake 2009, Prescott 2010)

L’ activité électrique est alors plus importante et la connectivité entre les neurones augmentée, ce qui permet un traitement de l’information plus rapide. Alors que la vitesse moyenne de transmission des informations au niveau neuronal se situe autour de 2 mètres par seconde, elle augmenterait de 0,05 mètre par seconde par point de QI supplémentaire, pour atteindre 3,5 m/s en moyenne chez les HPI (Reed & Jensen 1992, Miller, 1994). On peut alors parler de « cerveau à haut débit » !

cerveau HPI haut potentiel

L'intelligence générale (facteur g) résulterait de l'efficacité de communication entre les aires impliquées dans le réseau fronto-pariétal - Localisation des lobes cérébraux. © Wikipedia

  • Au niveau des hémisphères : la coopération et l'interaction est ajustée selon les tâches

Ainsi, il est fait appel à des aires cérébrales supplémentaires pour résoudre les cas de complexité particulière. A l’inverse, certaines aires non indispensables à la résolution du problème mais habituellement sollicitées sont automatiquement inhibées par le cerveau Haut Potentiel (Jausovec 1996 et 2000, Geake 2009).

Ces différences donneraient plus de puissance et d’efficacité à la personne HP pour raisonner, se concentrer, analyser & innover.

  • Au niveau du fonctionnement global : lactivité de repos est plus intense

Lorsque nous ne faisons rien de particulier, un ensemble d’aires cérébrales se connecte, c’est ce qu’on appelle le « mode par défaut ». On ignore ce qu’il se passe alors en détail mais il s’agirait de consolider les informations récentes, la compréhension de soi et du monde pour construire notre modèle interne de la réalité. L’activité du mode par défaut chez les HP est plus importante que celle d’un cerveau « non HP ». Cela entrainerait des capacités de métacognition plus importantes. La métacognition est la pensée qui réfléchit sur elle-même. Cette pensée réflexive est source de prises de conscience et de connaissance sur ses propres connaissances.

 Bilan : un cerveau potentiellement plus puissant, plus efficace & plus réflexif 

Cette réalité neurophysiologique s'expliquerait par une vitesse de développement plus rapide de certaines zones cérébrales in utero. La matière blanche se constituerait plus vite et de manière plus dense en raison d’un taux élevé de testostérone (qui inhibe le développement de certaines parties de l’hémisphère gauche du cerveau, entrainant un développement compensatoire d’autres aires). Le haut potentiel serait ainsi héréditaire, acquis à la naissance, son développement sera ensuite influencée par l'environnement et des facteurs individuels qui favoriseront ou non les compétences intellectuelles associées.

Efficience cognitive du cerveau Haut Potentiel Intellectuel (HPI)

Ce fonctionnement intellectuel particulier se traduit par une plus grande efficience des compétences cognitives en lien étroit avec les capacités intellectuelles. Ainsi, le système exécutif d'une personne HPI est plus performant. On retrouve donc les caractéristiques suivantes au sein de cette population : gestion efficace de l’attention, de la concentration et du traitement de l’information

Avec un cerveau qui  fonctionne plus rapidement et plus efficacement, on relève également une rapidité d'apprentissage (Gauvrit 2015). Les HPI seraient ainsi capables de réaliser des apprentissages plus complexes, souvent avec plaisir (Grégoire, 2009)

Globalement, les HPI testés montrent ainsi certains domaines d’habiletés cognitives se distinguant particulièrement de la nome

  • mémoires de travail et à long terme, 
  • capacités linguistiques, visuo-spatiales et logico-mathématiques, 
  • vitesse de traitement de l'information.

Attention, ce n’est pas pour autant que ces capacités seront exploitées par la personne concernée. Encore une fois, un très grand nombre de facteurs va influencer la façon dont le HPI s’exprime. D’où l'impossibilité de dresser un « portrait robot » ou une liste de caractéristiques exhaustives du HPI.

Ainsi, la recherche ne nous donne aujourd'hui qu’une esquisse de carte. Chaque territoire, chaque individu étant spécifique, la généralisation spéculative est donc à éviter en matière de haut potentiel.

D'une manière générale, on peut dire que plus les compétences impliquent des capacités cognitives, plus des différences sont repérables chez les personnes HPI. A l'inverse, moins le lien est direct entre la caractéristique explorée et les capacités intellectuelles, moins on va retrouver d’association avec le haut potentiel intellectuel.

Ainsi, certaines caractéristiques qui sont associées au HPI (perfectionnisme, intensité émotionnel, hyper-sensibilité etc.) relèvent plus du mythe que de la réalité. J'en parle en détail dans cet article.

Cela n'enlève cependant rien au fait que les caractéristiques cognitives des HPI pourront avoir des répercussions et générer certains spécificités de fonctionnement dans d’autres sphères de la vie : caractéristiques affectives, aspect motivation et rapport à l’apprentissage, rapport à soi et au monde par exemple.

C’est pour cela qu’il est souvent utile de revenir à l’essentiel, notre humanité, tout en tenant compte de notre singularité. En effet, ne pas tenir compte du HPI serait tout aussi dommageable que d’attribuer d’emblée au HPI la cause d'une problématique vécue. 

 Il est donc important de prendre en compte le haut potentiel intellectuel

sans réduire la personne à son fonctionnement cognitif.


Sources utilisées pour la rédaction de cet article :

Ramus, F. (2018). Les surdoués ont-ils un cerveau qualitativement différent? A.N.A.E., 30(154), 281‑287 

Psychologie du Haut Potentiel, sous la direction de Nicolas Gauvrit & Nathalie Clobert, De Boeck 2021

Tout savoir sur le Haut Potentiel, Sophie Brasseur & Catherine Cuche, Mardaga 2021

Au cœur des cerveaux hauts potentiels et hypersensibles, Pascale 2021 Michelon, Leduc 2022

5 réflexions sur “Le cerveau Haut Potentiel Intellectuel : une réalité neuro-physiologique”

  1. Bonjour Margerie!

    Quelle belle découverte que je viens de faire avec votre site!

    J’aimerais bien relayé votre article sur la réalité neuro-physiologie mais avant…

    Serait-ce possible d’avoir l’occasion de discuter avec vous?

    Il n’y a pas de presse, j’aime bien travailler dans le temps long (surtout que nous avons des horaires chargés!)

    On pourrait penser à une visio (zoom?) en prenant un rv pour décembre ou janvier si cela vous convient.

    Au plaisir d’avoir de vos nouvelles!

    Salutations du Québec,

    Fanie Lebrun

    1. Bonjour Fanie, un grand merci pour votre message ! Je serais ravie de faire votre connaissance et d’échanger prochainement. Je vous envoie un mail pour convenir d’un rendez vous 🙂

  2. Bonjour Margerie!
    Je suis également très heureuse de voir cet article 🙂 je n’ai cependant pas trouvé de référence aux papiers sur lesquels vous vous êtes basée, et j’aimerais grandement les lire également pour pousser un peu la réflexion!
    Serait il possible de voir votre bibliographie en neurobio s’il vous plait?
    Un grande merci d’avance 🙂
    Benedicte

    1. Bonjour Bénédicte, il serait fastidieux de lister toute la littérature scientifique sur le sujet ici. Je me suis notamment inspirée des recherches en la matière de Cecile Bost, que vous pouvez retrouver sur son site : http://www.talentdifferent.com/category/neurophysiologie et dans ses ouvrages. Le bibliographie est particulièrement riche sur l’état des recherches en la matière 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut