Le Haut Potentiel Intellectuel : 

une réalité neuro-physiologique

Longuement observé et décrit par les psychologues cliniciens et psychothérapeutes au niveau psycho-comportemental, le haut potentiel n’est étudié par les scientifiques que depuis quelques années. Ainsi, la littérature abonde sur le versant psychologique du haut potentiel intellectuel et sensible au point qu'il est facile de se perdre entre effet de mode, effet Barnum [1], biais cognitifs et confusion mentale. Et pour cause, la façon dont s'exprime le haut potentiel (HPI, THPI, HPS) dépend essentiellement des expériences de vie que fera la personne concernée.

Une chose est sure, l'intensité sera au rendez-vous ! Les recherches scientifiques sur la douance confirment cela par une réalité désormais indéniable : le "haut-potentiel" s'explique par une anatomie particulière au niveau cérébral. Ceci permet de comprendre notamment l’efficience spécifique du cerveau du HPI et ses besoins particuliers en terme de régulation du système nerveux.

Voyons cela en détail à travers une exploration neuro-biologique du haut potentiel et quelques clés pratiques pour bien vivre ce haut débit électrique.

[1] Biais cognitif induisant à accepter une vague description de la personnalité comme s'appliquant spécifiquement à soi-même

Neuro-anatomie de la douance

Entrons dans le vif du sujet avec un peu de neuro biologie. Chez tous les êtres humains, le cerveau est constitué de :

  •  10% de matière grise (les neurones)
  • 90% de matière blanche (leurs prolongements, appelés axones et dendrites)

La matière grise ce sont les neurones, les cellules nerveuses qui constituent l’élément de base du système nerveux. Ils sont excitables, c’est-à-dire qu’ils ont la capacité de répondre aux stimulations reçues par un un organe sensoriel (les yeux, le nez, les oreilles etc.) ou un autre neurone (capteurs internes des nerfs périphériques qui permettent par exemple d'avoir conscience de son propre corps : l'interoception) par les dendrites. Ils convertissent ces stimulations en information électrique : l’influx nerveux. Celui-ci se propage alors le long de l’axone. L’information est transmise au neurone suivant ou à l’élément organique destinataire de manière biochimique au niveau de la synapse par les neurotransmetteurs.

La matière grise est distribuée en surface des hémisphères cérébraux du cortex et du cervelet, plus profondément dans les noyaux du cerveau limbique et dans le tronc cérébral, mais aussi dans la moelle épinière, à l'intérieur de la colonne vertébrale.

cerveau surdoué hpi

La matière blanche ce sont les dendrites, courtes et ramifiées et l'axone de chaque neurone qui se termine par de nombreuses arborisations, organisées en faisceaux fibreux sous le cortex et partout dans le corps : les nerfs du système nerveux périphérique (hors cerveau et moelle épinière, partout ailleurs dans le corps donc) sont composés d’axones. 

La substance blanche doit son aspect à la gaine de myéline qui enrobe les axones. Cette gaine assure la conductivité et l’isolation électrique au niveau du système nerveux.  Tous les axones ne sont pas myélinisés, comme ceux du système nerveux autonome. Sa présence permet d’accélérer la vitesse de propagation de l’influx nerveux et donc la transmission de la communication entre les cellules nerveuses.

Chez les personnes à Haut Potentiel Intellectuel

L’IRM montre une architecture cérébrale spécifique, qui pourra varier selon les profils haut potentiel intellectuel et haut potentiel sensible notamment.

  • Au niveau de la matière grise : une densité de neurones deux fois supérieure à la moyenne dans les lobes frontaux et pariétaux, qui concernent le raisonnement et la sensorialité.

Le HPI a donc une plus grande capacité à capter l’information, mais également une plus grande réactivité en réponse au stimuli sensoriel.

On observe également une organisation différente des neurones. Cela permet d’obtenir des informations (qu’elles proviennent de l’extérieur ou de l’intérieur) de manière plus rapide ET plus efficace 

  • Au niveau de la matière blanche : des axones plus larges, plus denses, mieux organisés, des gaines de myéline plus épaisses qui témoignent d’une activité électrique plus importante, on observe alors un traitement de l’information plus rapide

On sait aujourd’hui qu’il existe des différences individuelles dans la vitesse de transmission des informations selon les individus, les parties du cerveau impliquées et le type d’information à traiter. Ainsi, la vitesse moyenne de transmission des informations au niveau neuronal se situe autour de 2 mètres par seconde, elle augmenterait de 0,05 mètre par seconde par point de QI supplémentaire, pour atteindre 3,5 m/s en moyenne chez les zèbres. On peut alors parler de « cerveau à haut débit ».

Ainsi, la structure du cerveau du haut potentiel est optimisée à la fois 

pour la sélection et pour le traitement de l’information.

Certaines études expliquent cette réalité neurophysiologique par un mode de développement différent du fœtus. La matière blanche se serait constituée plus vite et de manière plus dense en raison d’un taux élevé de testostérone (qui inhibe le développement de certaines parties de l’hémisphère gauche du cerveau, entrainant un développement compensatoire d’autres aires). Le "haut potentiel" serait peut être acquis à la naissance, héréditaire - oui Mesdames, ça pourrez tout aussi bien être vous !

Efficience du cerveau « Haut Potentiel »

La conséquence première de ces spécificités structurelles et fonctionnelles est que le cerveau du haut potentiel est avant tout un cerveau à haut potentiel électrique ! L’épaisseur des gaines de myéline en témoigne : elles conduisent une plus grande quantité d’influx nerveux.

Cela rend le cerveau à haut potentiel hyperexcitable. Ce « bouillonnement cérébral » peut, d’après les travaux du psychiatre Kazimierz Dabrowski, se manifester sous cinq formes différentes selon les individus :

  • hyperexcitabilité psychomotrice : grande énergie, curiosité, difficulté à rester assis, besoin constant de changement ;
  • hyperexcitabilité sensuelle : grande sensibilité aux perceptions sensorielles ;
  • hyperexcitabilité imaginative : tendance à la rêverie, vie intérieure riche, grande créativité ;
  • hyperexcitabilité intellectuelle : habileté pour les analyses et synthèses, questionnements prégnants, besoin d’apprendre par soi-même ;
  • hyperexcitabilité émotive : émotions intenses, forte empathie.

Les études sous IRM montrent aussi que le cerveau du Haut Potentiel utilise ses deux hémisphères de façon plus efficace : la coopération et l'interaction entre ses hémisphères sont meilleures pour certaines taches. Par exemple, lors du raisonnement analogique, on observe qu’il est fait appel à des aires cérébrales supplémentaires pour résoudre les cas de complexité particulière. Pour d’autres taches, on observe une meilleure utilisation des différentes aires du cerveau : certaines aires habituellement sollicitées mais non indispensables à la résolution du problème sont automatiquement inhibées par le cerveau Haut Potentiel.

L’hippocampe est aussi particulièrement efficient, ce qui optimise l’analyse contextuelle, l’apprentissage, le discernement, la mémoire épisodique, la modulation émotionnelle.

Avec un seuil de détection plus bas des sensations externes et internes, l’amygdale, qui participe à la génération des émotions, a une forte réactivité initiale. On observe ainsi une activation plus importante dans les régions de l’empathie, de la conscience de soi et de l’autre, ce qui n'est pas sans conséquences au niveau émotionnel pour le haut potentiel sensible.

Avec une consommation de glucose proportionnellement moins importante que la moyenne compte tenu de l’intensité de l’activité, le cerveau du haut potentiel a également un meilleur rendement.

Globalement surefficient, on constate donc aujourd’hui que le cerveau du HPI est optimisé pour fonctionner en puissance.

Les études montrent ainsi des fonctions cérébrales supérieures à la moyenne dans les domaines suivants : mémoires de travail et à long terme, vocabulaire, capacités visuo-spatiales, capacités d’attention, résolution de problèmes, créativité, temps de réponse et empathie.

En revanche, ce que ne nous montre pas la recherche avec suffisamment de détails, c’est la différence observable d’un individu à l’autre. En effet, comme le souligne en conférence Pascale Michelon, docteure en neurosciences :

« Si l’intelligence est un ensemble de fonctions cérébrales sous-tendues par différentes zones du cerveau ; si chez certaines personnes elles sont plus efficaces que d’autres ; alors on peut retrouver des degrés de haut potentiel différents et pour des fonctions différentes selon les personnes. »

Le haut potentiel, qu’il soit intellectuel ou sensible, est donc un spectre dans lequel se trouve différents niveaux d’efficience et d’excitabilité dans différentes sphères. Ainsi, la recherche actuelle ne nous donne qu’une esquisse de carte. Chaque territoire, chaque individu étant spécifique, la généralisation à outrance est donc à éviter en matière de haut potentiel. C’est pour cela qu’il est utile de revenir à l’essentiel : notre humanité.

Gérer son cerveau à Haut Potentiel Electrique

Avec un système nerveux particulièrement excitable donc hyper-réactif, le haut potentiel a un besoin de régulation important pour ne pas s’éloigner trop rapidement de sa « fenêtre de tolérance ». L’objectif de la régulation du système nerveux est ainsi de revenir à un état où le système n’est ni hyper ni hypo activé.

Il y a un véritable lien de corrélation entre la régulation de notre système nerveux et le débit de nos pensées. Si le bouton off dont rêve parfois le haut potentiel n’existe pas, ces ressources régulatrices agissent comme un véritable variateur d’intensité.

La régulation de son système nerveux devrait donc être une des priorités quotidiennes du haut potentiel intellectuel comme sensible.

La bonne nouvelle, c'est qu'il existe plein de solutions. J'en partage quelques-unes dans les articles suivants :

Sources pour la rédaction de cet article :  Etude du CERMEP de Lyon menée par Dominique Sappey-Marinier, Fanny Nusbaum et Olivier Revol -  "Etre un adulte surdoué"  de Cécile Bost

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5 réflexions sur “Le Haut Potentiel Intellectuel : une réalité neuro-physiologique”

  1. Ping : HP Zèbre test QI - Margerie Véron

  2. Bonjour Margerie!

    Quelle belle découverte que je viens de faire avec votre site!

    J’aimerais bien relayé votre article sur la réalité neuro-physiologie mais avant…

    Serait-ce possible d’avoir l’occasion de discuter avec vous?

    Il n’y a pas de presse, j’aime bien travailler dans le temps long (surtout que nous avons des horaires chargés!)

    On pourrait penser à une visio (zoom?) en prenant un rv pour décembre ou janvier si cela vous convient.

    Au plaisir d’avoir de vos nouvelles!

    Salutations du Québec,

    Fanie Lebrun

    1. Bonjour Fanie, un grand merci pour votre message ! Je serais ravie de faire votre connaissance et d’échanger prochainement. Je vous envoie un mail pour convenir d’un rendez vous 🙂

  3. Bonjour Margerie!
    Je suis également très heureuse de voir cet article 🙂 je n’ai cependant pas trouvé de référence aux papiers sur lesquels vous vous êtes basée, et j’aimerais grandement les lire également pour pousser un peu la réflexion!
    Serait il possible de voir votre bibliographie en neurobio s’il vous plait?
    Un grande merci d’avance 🙂
    Benedicte

    1. Bonjour Bénédicte, il serait fastidieux de lister toute la littérature scientifique sur le sujet ici. Je me suis notamment inspirée des recherches en la matière de Cecile Bost, que vous pouvez retrouver sur son site : http://www.talentdifferent.com/category/neurophysiologie et dans ses ouvrages. Le bibliographie est particulièrement riche sur l’état des recherches en la matière 🙂

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