Haut Potentiel, Zèbre & compagnie :

comment s'y retrouver, entre mythes & réalités ?

La thématique du HPI, son identification et sa prise en compte laissent rarement indifférent, du rejet à la surfocalisation. Les médias et la littérature grand public se sont largement emparés du sujet. Si la vulgarisation a pour avantage de permettre la sensibilisation, elle a l’inconvénient de véhiculer mythes et idées reçues. Et en matière de HPI, ils sont nombreux.

Le problème ? Ils favorisent l’effet Barnum et l’auto diagnostic, qui ne serait en réalité confirmé que dans 1 cas sur 4 environ.

Ils augment ainsi le risque de s’enfermer dans une étiquette réductrice, surtout si celle-ci semble fournir une explication tant attendue à un chemin de souffrance. Ils deviennent alors la bonne excuse pour expliquer des problèmes scolaires, relationnels ou professionnels, retardant ainsi une éventuelle prise en charge psychologique ou psychiatrique.

Masquant les réelles difficultés, ils ne permettent alors pas aux personnes en souffrance, en questionnement, en errance médicale ou existentielle de trouver de véritables éclairages sur les problématiques qui les animent, en les maintenant dans un état illusoire de résolution de problème. Et je trouve cela d’autant plus dommage qu’il s’agit de personnes qui ont a priori la capacité de rebondir et d’aider la société à traverser ses mutations actuelles.

L’objectif de cet article est de fournir des informations ancrées dans la réalité des connaissances scientifiques actuelles, afin de naviguer avec discernement au milieu des mythes et fausses croyances qui entourent le HPI.

Le critère objectif du HPI : une spécificité psychométrique

Quand on parle HPI, on parle intelligence, concept ô combien difficile à définir tant il a de possibilités. Ainsi, il existe plusieurs modèles scientifiques du HPI sans qu’aucun ne fasse consensus aujourd’hui.

Le seul critère qui revient dans l’ensemble des modèles est le seuil conventionnel d’un QI supérieur ou égal à 130 (125 en Belgique) sur l’échelle de Wechsler. Ce test mesure une certaine définition de l’intelligence : l’efficience intellectuelle, les habilités cognitives. 

S’il est parfois critiqué, notons qu’il s’agit du seul élément objectivement mesurable.

Ce seuil de 130 ne constitue pas une ligne de démarcation, l’intelligence mesurée est une variable continue, un continuum sans rupture, comme la taille par exemple. Il ne change donc pas la nature de l’intelligence mais sa puissance.

Au coeur du HPI se trouvent donc des capacités intellectuelles qui s’écartent significativement de la norme. Ainsi, plus les compétences impliquent des capacités cognitives, plus des différences sont repérables chez les personnes HPI.

Il est fréquent que les résultats obtenus aux différents items du test soient hétérogènes. Il est aussi possible que le QI total soit inférieur à 130 mais que certains indices testés (compréhension verbale, raisonnement perceptif, mémoire de travail, vitesse de traitement) soient au-dessus de ce seuil. On parle alors de zones de haute potentialité.

Ni pathologie, ni trouble, le HPI ne se diagnostique pas, il s’identifie.  Ne pouvant par définition concerner que 2,3% de la population, le HPI est donc une différence rare.

S’agissant d’une mesure psychométrique, le résultat doit s’accompagner d’une contextualisation du profil (conditions de passation, facteurs individuels et environnementaux). A cet effet, seuls les éléments directement liés aux capacités intellectuelles élevées peuvent être utilisés comme indicateurs.

Assez logiquement comme nous le verrons par la suite, moins le lien est direct entre la caractéristique explorée et les capacités intellectuelles, moins on va retrouver d’association avec le haut potentiel intellectuel.

Le fonctionnement cérébral du HPI : une spécificité neurobiologique

La neuro imagerie montre que le cerveau HPI est :

  • plus puissant du fait d’une plus grande connectivité fonctionnelle et anatomique, particulièrement entre les deux hémisphères
  • et plus performant, notamment dans les aires permettant la réalisation de taches cognitives complexes (réseau fronto-pariétal)

Je détaille tout cela dans cet article sur les spécificités neurobiologiques du HPI.

Il n’y a aucune donnée scientifique validant une implication plus grande de l’hémisphère droit (ce ne sont pas des « neuro-droitiers ») ou une vulnérabilité particulière de l’amygdale (l’hyperesthésie n’est donc pas avérée).

Les HQI n’ont donc pas un cerveau qualitativement différent : ils se situent dans un continuum sans discontinuité apparente. On observe assez logiquement que les personnes qui ont des fonctions cognitives plus performantes ont des fonctions cérébrales plus performantes que les autres.

La neurobiologie montre que le HPI pense donc plus vite (cela ne veut pas pour autant dire qu’il pense toujours mieux…)

Les spécificités psychologiques du HPI : état actuel de la recherche scientifique 

Le consensus général est lié à la définition même du HPI : ils ont des capacités cognitives supérieures à la moyenne. Pour le reste, on prête aux HPI toute une liste, plus ou moins exhaustive de traits de caractères et de qualités spécifiques.

Pour y voir plus clair, voici une rapide état des lieux de l’état de la connaissance scientifique en la matière, en dehors de tout biais d’échantillonnage lié au fait que les conclusions des psychologues cliniciens ne se fondent que sur l’observation de personnes en souffrance puisque venant les consulter.

Les traits de la personnalité peuvent être évalués selon un modèle en 5 facteurs :

  • Ouverture à l’expérience et à la nouveauté : tendance à la curiosité, à l'imagination et à l'appréciation de l'art et de la beauté
  • Caractère consciencieux : méticulosité, tendance à l'organisation, à la responsabilité et à la persévérance, 
  • Extraversion : tendances sociables, tendance à prendre des risque, expressivité
  • Agréabilité : tendance à la coopération, à l'empathie,  à se montrer compréhensif envers autrui
  • Névrosisme : tendance émotionnelle à versant négatif (anxiété, colère, tristesse, sentiment de vulnérabilité)

Le seul trait de personnalité qui se retrouve plus distinctement chez les HPI est l’ouverture à l'expérience et à la nouveauté, les autres relèvent d'autres champs de spécificité (Ogurlu & Özbey, 2022)

On observe ainsi une plus grande auto-efficacité et une stimulabilité élevée coté intellectuel et imaginaire. A l’inverse la perception de soi au niveau physique et sportif est moins développée chez les HPI (Winckler, 2016)

Une autre étude montre que si les HPI ont une tendance supérieure au perfectionnisme positif, qui consiste à se fixer des standards et objectifs plus élevés, il n’y a pas de différence significative sur le perfectionnisme négatif (anxiété de performance, peur de ne pas réussir) (Stricker 2020)

Quant à la pensée en arborescence, elle n’a pas de réalité scientifique. Il s’agit simplement du vagabondage de l’esprit qui arrive en mode par défaut chez tous les autres humains.

Cette pensée en arborescence pourrait être confondue avec la pensée divergente ou exploratoire, qui est la capacité de l’individu à générer de nombreuses idées ou réponses à partir d’un simple point de départ. C’est une composante de la créativité, pas une généralité.

La créativité est un élément qui revient dans une majorité des modèles descriptifs du HPI. Si les études scientifiques montrent en effet que la créativité est corrélée au QI, celui-ci cesse toutefois d’être un facteur inducteur de créativité autour de 110-120. Le HPI n’est donc a priori pas plus créatif que les individus se situant dans la moyenne haute de la courbe de Gauss de l’intelligence.

Coté émotions, nous manquons d’observation et d’études scientifiques rigoureuses aux résultats suffisamment homogènes pour être concluants.

Il semble toutefois acquis que les composantes cognitives de l’intelligence émotionnelle soient, sans surprise, plus élevées chez les HPI (empathie cognitive, détection des signes).

Coté sensibilité, les études ne relèvent pas de différence significative chez les HPI. On ne trouve pas non plus de sensibilité spécifique à l’injustice ou à la morale.

La sensibilité élevée est un trait de la personnalité qui rend plus réceptif et réactif aux stimuli sensoriels et émotionnels. C’est un facteur de risque dans un environnement toxique et un motif de consultation fréquent chez les psychologues. Il est donc normal de trouver plus de HPI à la sensibilité élevée chez les HPI identifiés qui consultent. C’est le fameux biais d’échantillonnage ou de sélection.

Si la haute sensibilité ou hypersensibilité n’est pas un signe de haut potentiel intellectuel, elle peut être vécue comme un source supplémentaire de décalage par rapport à la norme, ou comme une ressource permettant d’exprimer un potentiel à plusieurs dimensions. Elle est donc importante à prendre en compte en accompagnement.

Certains cliniciens font de l’intuition un facteur discriminant du HPI, il n’y a, à ma connaissance, aucune étude sur le sujet.

Quant à la question de savoir s’il existe des profils types, des catégories de HP (les complexes et les laminaires par exemple), il semblerait que la plus grande prudence soit de mise, aucune étude statistique ou scientifiquement sérieuse n’ayant à ce jour validé l’existence de ces profils descriptifs définis a priori.

Alors, le HPI, trop intelligent pour vivre heureux ?

Concernant le bien-être des HPI, deux hypothèses s’opposent :

  • celle de la vulnérabilité des HPI, qui connaitrait difficultés d’intégration, anxiété, échec scolaire, dépression (Nicolas Gauvrit et Franck Rasmus parlent de « la légende noire des surdoués »)
  • celle de la résilience qui ferait du HPI un atout pour surmonter les difficultés de la vie, une capacité à s’adapter et à résoudre les problèmes.

Si la première hypothèse est largement majoritaire dans les médias et chez les cliniciens les plus médiatisés, elle est cependant minoritaire en recherche scientifique.

En effet, les études des dix dernières années montrent que :

  • le QI est un avantage pour les performances scolaires, les résultats scolaires augmentant avec le QI quelque soit la matière (sauf l’EPS) et le niveau d’études (Méta analyse de 240 études, Roth 2015)
  • le HPI est globalement autant voire moins anxieux que les autres, à l’exception peut être de son anxiété méta physique (Martin 2012 – UK BioBank 2023)
  • il n’existe pas de différence significative au niveau du bien être des HPI, la dépression n’est pas plus élevée chez le HPI
  • le HPI ne favorisent pas les troubles psycho pathologiques, y compris les troubles de l’attention (TDA/H), de l’apprentissage (dys-), ou du spectre autistique (TSA). Il est même un facteur favorable sur la santé mentale et le bien être (méta analyse Jones 2013)
  • le HPI ne favorise pas l’isolement social, contrairement à une idée répandue.

Quant à savoir si le nouveau mythe faisant du HPI une chimère inventée par les parents aisés pour obtenir des aménagements scolaires pour leurs enfants (hypothèse du sociologue William Lignier), c’est une autre question qui mérite une toute autre réflexion sur le concept d’élitisme et sa problématisation possible.

Au vu de recherches actuelles, le HPI est bien une réalité, plutôt un facteur de résilience, une sorte de méta compétence pleine de ressources (vitesse de raisonnement, besoin de comprendre, curiosité), ce qui peut provoquer, selon l’environnement dans lequel ils évoluent, un sentiment de décalage intellectuel.

Attention toutefois, le sentiment de décalage peut aussi être causé par d’autres différences qui ne sont pas liées aux capacités cognitives (hypersensibilité, réactions émotionnelles intenses, sentiment d’être limité pas les cadres scolaires ou professionnels, difficultés d’adaptations sociales etc.). S’il est présent en tout lieu et en tout temps, il est problématique car il dépend normalement de l’environnement. Si une personne de très grande taille peut se sentir en décalage dans le métro, elle ne devrait pas avoir le même sentiment sur un terrain de basket.

Enfin, je constate en accompagnement que si les HPI sont animés par des enjeux parfois communs, peut être du fait d’avoir une différence rare, ces enjeux n’en sont pas moins des enjeux humains universels.

Les profils du HPI relèvent donc de la complexité : ils sont individuellement variés et dépendent des histoires de vie, de l’environnement dans lequel ils évoluent et de leurs personnalités propres. Le haut potentiel intellectuel doit alors être considéré comme un élément parmi d'autres élément constitutifs du fonctionnement de l'individu.


Sources utilisées pour la rédaction de cet article :

Ramus, F. (2018). Les surdoués ont-ils un cerveau qualitativement différent? A.N.A.E., 30(154), 281‑287 -

Site surdoue.fr de la neurpsychologue Stéphanie Aubertin

Psychologie du Haut Potentiel, sous la direction de Nicolas Gauvrit & Nathalie Clobert, De Boeck 2021

Tout savoir sur le Haut Potentiel, Sophie Brasseur & Catherine Cuche, Mardaga 2021

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