Haut potentiel intellectuel :

du syndrome de l’imposteur à la posture professionnelle

Le syndrome de l'imposteur est vécu fréquemment par les indépendants, surtout lorsqu'ils débutent une nouvelle activité (et qu'ils sont HPI et le ressentent avec toute l'intensité qui les caractérise). Si vous avez régulièrement le sentiment  :

  • de ne pas mériter vos tarifs, 
  • que tout le monde peut faire ce que vous faite professionnellement, 
  • que toute critique est la preuve de votre incompétence,
  • que votre réussite n’est due qu’à la chance, au timing, à l’aide d’un tiers ou à une erreur humaine/informatique,
  • qu’un jour vous serez découvert : vous êtes une escroquerie….

...et que vous travaillez alors jusqu’à épuisement ou vous procrastinez à outrance, vous êtes probablement atteint de ce fameux « syndrome de l’imposteur » !

Mais que recouvre ce sentiment d’illégitimité ? Quelles sont les causes qui ont pu le déclencher, notamment quand on est HPI ? Comment s’en sortir durablement en passant de l’imposture à la posture professionnelle ?

Qu’est ce que le syndrome de l’imposteur ?

C’est en 1978 que deux chercheuses, Clance et Imes, ont présenté leur expérience sur une centaine de femmes qui, bien que menant des carrières brillantes, persistaient à croire qu’elles n’étaient pas intelligentes ou douées. Elles avaient également en commun le sentiment de tromper toutes celles et ceux qui pensaient l’inverse à leur propos. Le syndrome de l’imposteur était démasqué !

Ainsi, ce sentiment d’illégitimité amène généralement les personnes douées à nier qu’elles le sont en réalité : elles ont une grande peur de l’échec, se focalisent sur leurs erreurs et leur fréquence, sont peu satisfaites de leurs résultats et performances voire les diminuent ou les discréditent.

Ce syndrome de l’imposteur est à l’exact opposé de l’effet Dunning-Kruger, biais cognitif amenant une personne à penser quelle est compétente sur un sujet alors qu’elle n’a aucune qualification : elle est ainsi incapable de reconnaître son incompétence en la matière.

A l'inverse donc, les personnes ressentant ce sentiment d'imposture ne reconnaissent pas avoir les capacités et compétences les ayant conduits à leur réussite. Elles ont également l’impression d’être surestimées par leur entourage ou de le tromper. Elles pensent que la perception de leur réussite ou de leur valorisation est due à une erreur de jugement d’autrui et vivent ainsi dans la peur d’être démasquées par leur entourage (collègues, chefs, pairs, clients, amis, famille etc.).

Ce profond sentiment d’illégitimité survient plus particulièrement lorsqu’il s'agit d'assumer un nouveau rôle professionnel (lors d’une prise de poste, lorsqu’on devient indépendant après une reconversion professionnelle ou quand on souhaite le rester mais se repositionner par exemple).

Malgré son nom « pathologisant », ce n’est pas une maladie mentale. Ce syndrome peut toutefois s’accompagner d’anxiété ou de dépression. 70% de la population, les femmes plus particulièrement, connaitraient ce sentiment d’illégitimité au moins une fois au cours de leur vie. Il serait donc tout à fait « normal » que vous vous sentiez concerné.

Quelles sont les causes de ce sentiment d’illégitimité ?

Nous sommes des êtres complexes. Réduire les problématiques humaines à une cause unique est toujours périlleux. Voici donc un inventaire à la Prévert de quelques raisons qui peuvent amener une personne tout à fait compétente à douter d’elle-même.

La première cause qui pourrait venir à l’esprit est un manque de confiance en soi ou une faible estime de soi. Si tant est que ces concepts renvoient à quelque chose de tangible, je trouve l’explication un peu trop fourre tout, si ce n’est simpliste. Tentons donc d'approfondir.

A un niveau plus systémique, on peut regarder le rôle qu’a joué l’environnement familial et éducatif. Evidemment, l’absence de valorisation des compétences par le passé n’aidera pas l’individu à se reconnaitre compétent de lui-même, favorisant ainsi l’apparition du sentiment d’illégitimité. La valorisation excessive de l’intelligence par rapport aux autres qualités humaines (très fréquente chez les parents de HPI jusqu’à très récemment) pourra quant à elle générer une peur de ne pas combler ces attentes de réussite et d’excellence, allant parfois jusqu'à frôler le perfectionnisme toxique.

Les facilités intellectuelles du HPI, qui lui permettent parfois d’apprendre facilement, sans fournir de véritable effort, peuvent également expliquer que l’on n'ait pas pu faire grandir intérieurement son sentiment de légitimité.

Par ailleurs, le contexte sociétal confinant à l’endoctrinement culturel nous enjoignant à la réussite, la compétitivité, la performance et la productivité  peut également favoriser l’apparition de ce syndrome de l’imposteur qui nous pousse alors à agir jusqu’à l’épuisement.

Cela pourrait encore être aggravé par les représentations sociales de certaines professions ou formations. En effet, les études académiques supérieures et certains métiers sont si valorisés par notre société française qu’ils génèrent une pression à la fois pour ceux qui sont concernés, mais aussi pour ceux qui ne le sont justement pas. Le manque de reconnaissance académique peut ainsi amener à une quête sans fin de savoir tant que ces acquis n’auront pas été validés par une autorité, elle, légitime.

Il en va de même concernant les représentations sociales du HPI : les clichés du premier de la classe et du petit génie peuvent nous amener à penser qu’on attend de nous des réalisations et résultats de très haut niveau, hors du commun voire extraordinaire.

Le sentiment d’illégitimité peut également naître lorsqu’on choisit un mode de vie ou de travail différent de celui de son milieu d’origine ou en cas d’ascension sociale, lorsque l’on dépasse les standards de sa famille en termes d’éducation ou de profession.

Ce sentiment de ne pas être légitime peut également survenir lorsque l’on n’a pas vraiment eu le temps de construire une posture professionnelle (parce qu’on a appris à faire son métier « sur le tas » ou que la formation que l’on a reçu n’a pas abordé ce point d’une façon ou d’une autre) ou qu’on a construit une posture qui n’est pas la bonne. On sent alors que quelque chose ne « sonne pas juste ».

Enfin, le syndrome de l’imposteur peut provenir du fait d’avoir développé un faux self figé, un masque social de conformité tellement présent qu'il ne sert plus à s’adapter à l’autre en fonction des circonstances, mais à s’en protéger en ne faisant plus que lui donner ce que l’on pense qu’il attend de nous (et c'est souvent beaucoup).

A la lecture de ce qui précède, d’après vous, quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez le sentiment d'être un imposteur ?

La clé pour sortir du syndrome de l’imposteur

Le syndrome de l’imposteur se manifeste par un sentiment d’imposture. Il s’agit donc d’absence (im- : sans) de posture. Et la posture dont on parle ici est la posture professionnelle.

La posture ce n’est ni votre poste, ni votre statut, ni votre fonction.

Toute interaction sociale est un jeu, comme une pièce de théâtre, où chacun joue un rôle, qu’on en est conscience ou non. La posture professionnelle est donc un personnage social habité, avec des compétences, joué dans un système pour répondre à un besoin collectif/social.

Par exemple, le prof joue le rôle du sachant, l’élève celui de l’apprenant. Le patient celui du malade, le médecin celui du soignant. Le coach celui du non-sachant curieux, le coaché celui de cheminant.

Il s’agit donc d’être au clair avec les questions suivantes :

  • à quoi je "joue" ? Quel est mon rôle ?
  • quelles sont mes limites (ce qui revient à se demander dans quel cadre j’interviens) ?
  • où je me situe par rapport à mes pairs / au marché / aux charlatans ?

Et cela implique de :

  • sortir de l’imaginaire pour passer au symbolique, par exemple pour un professionnel du soin ou de l’accompagnement : je ne sauve pas le monde, je ne résous pas les problèmes des autres, mes clients s’appuient sur moi pour se sauver eux-même, trouver leurs propres solutions – ou pour un artiste/auteur, je n’écris pour chambouler l’histoire de l’art ou de la littérature ou pour régler mes comptes ou prouver quelque chose à quelqu’un, les gens se servent de mes créations pour s’émanciper, se divertir, se relier au beauté etc.
  • sortir des enjeux identitaires, c’est-à-dire ne plus confondre le "moi" (son identité personnelle) et le "soi professionnel" (sa posture professionnelle), comme le font l'immense majorité des gens faute d’avoir compris les enjeux symboliques qui se jouent dans la sphère professionnelle

Il s’agit donc de comprendre ce qu'est une posture et d’apprendre à construire la sienne, voire les siennes, parce qu’on peut jouer à plusieurs jeux, pas simultanément mais successivement. Ainsi un indépendant exercera tout à tour le rôle relatif à son cœur de métier, mais aussi celui de dirigeant, de gestionnaire, de communiquant, de vendeur etc.

Ce travail du soi professionnel permet au fil du temps et des passages à l’action d’habiter pleinement sa place, ses actes et paroles. Mais aussi de se relier aux autres depuis cette place pour assumer sa véritable mission en mettant ses compétences au service de la communauté.

Et s’il ne vous paraît pas évident de faire cela seul (parce qu’il y a des angles morts dans votre façon de penser et de voir les choses, ce qui ferait de vous un être on ne peut plus humain), consultez un professionnel compétent capable de vous accompagner sur ce chemin de légitimation. Que ce soit moi, ou tout autre personne qui aura amorcé ce travail inachevable de soi. Le jeu en vaut clairement la chandelle, parce que toute problématique professionnelle est une problématique de posture.

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